Le iench

Texte et mise en scène : Eva Doumbia

Avec

Drissa Diarra : Souleymane Sylla
Ramata sa soeur jumelle : Fatou Malsert
Issouf leur père : Fargass Assandé
Maryama leur mère : Salimata Kamaté
Seydouba leur petit frère : Sundjata
Ses amis :
Mandela, né en Haiti : Fréderico Semedo
Karim : Nabil Berrehil
Autres personnages :
Faustin, videur : en cours
Clothilde, la mère de Mandela : Catherine Dewitt
Christophe, patron de magasin : Fabien Aissa Busseta

Musique : Lionel Elian
Scénographie : Aurélie Lemaignen
Lumières : Pascale Bongiovanni
Dispositif vidéo : Myriam Mihindou
Chorégraphie : Kettly Noël
Collaboration artistique : Fabien Aïssa Busetta
Régie Générale : Loïc Jouanjan

 

LE IENCH (CHIEN)

Production déléguée : CDN Normandie Rouen

Coproducteurs : La Part du Pauvre, Artcena, La Comédie de Saint Etienne, Les Producteurs Associés de Normandie (Centre dramatique national de Normandie – Rouen, Le Préau, Vire Centre dramatique de Normandie – Vire, La Comédie de Caen CDN de Normandie, Le Trident Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin, . DSN Dieppe Scène Nationale, Le Tangram Scène Nationale d’Evreux Louviers)

Avec le soutien de la Région Normandie et le Département de Seine Maritime

Avec le soutien des écoles : JTN, FIJAD, DIESE et ESAD

« J’ai 11 ans.
Je rêve de chiens.
Depuis toujours je rêve d’un chien.
N’importe quel chien.
Toujours de chiens.
Alors quand on commence à parler de posséder un pavillon tout de suite je pense le jardin, la niche du chien.
Tout commence par Un lopin dessiné par le cadastre.
Propriété hante les conversation des parents. On va dans des banques.
Mes parents demandent des acomptes.
Le banquier dit bonjour monsieur Diarra, avec un sourire qui n’existe pas. Acte de propriété.
La viande de la sauce devient plus rare.
Et au dîner ma mère se met à couper les pommes en deux pour Ramata et moi.
L’odeur de terre retournée et humide qui pique mes dimanches embrumés. Les week-ends, on visite les maisons-témoins.
Du ciment et le gris du du béton.
Un ennui enfantin qui se nomme Bouygues, Phénix et épigones.
Témoins aussi les cuisines équipées les canapés chez conforama les salles de bains en émail. Des carrelages éblouissant de routines à venir. J’attends que ça passe en rêvant canin.
Puis viennent les dimanches où avec Ramata et le Petit Seydouba nous jouons sur le chantier de notre maison. Et sous la terre creusée de fondations, les sacs en gravats, les poutres qui blanchissent, mon oeil voit se dessiner les fleurs de notre jardin bordé d’une clôture blanche. Et je pense canidé. Encore et toujours les chiens me hantent »

La Famille

Tout le monde en a une, on peut l’aimer ou « la haïr », parfois les deux à la fois. C’est un thème important dans la fiction.
Souvent on a en tête celle de la publicité : un couple, parfois séparé, quelques enfants, des relations qui se tendent les jours de fêtes, des mères aimantes qui se révoltent contre leur condition de femmes, des enfants qui se jalousent, des pères autoritaires, copains, ou dépassés. Cette famille-là est universelle, mais pas complètement.
Car, oui, il y a plusieurs types de familles. Une partie de la population française ne connait pas, par exemple, le poulet rôti du dimanche ou les fêtes de familles où on s’engueule en parlant politique après deux ou trois digestifs. La famille d’origine asiatique, juive, maghrébine ou sub-saharienne est différente, toute en étant pareille.
Or, la famille au théâtre français est souvent bourgeoise, blanche, et quand elle ne l’est pas, elle vit dans une HLM, souvent sordide. En tant que spectatrice, lectrice de théâtre, et en tant qu’artiste j’avais ce manque d’une famille autre, en tout cas, un peu différente. Avec d’autres personnages. En adaptant Chester Himes, Léonora Miano ou Maryse Condé, j’avais pu trouver des personnages noirs, mais rien qui puisse permettre au public de s’identifier à une famille lambda qui s’appellerait Koné, Massamba ou Nzongo. Après la publication par Vents d’Ailleurs de mon premier récit, j’ai eu envie de me mettre à écrire cette famille là pour le théâtre. J’ai donc commencé en juin 2015. L’idée était simple, celle d’un jeune garçon afro-descendant qui souhaite adopter un chien pour ressembler aux blonds des publicités. (Cette culture de l’animal domestique est peu courante dans les familles africaines). Je voulais symboliser par là le désir de banalité du garçon. Je voulais également montrer comment se divisent les discriminations qui affectent les garçons noirs et les jeunes filles noires, à la fois au sein et en dehors de la famille. J’ai donc donné à ce garçon une soeur jumelle. Je voulais une histoire sensible, intime un peu drôle aussi, à laquelle l’on puisse toutes et tous s’identifier Puis Adama Traoré a été tué, j’ai pensé à des proches. Je me souviens de nuits pleines d’angoisses. Ce décès a imprégné le texte en train de s’écrire.

Eva Doumbia

Résumé

Drissa Diarra est un garçon noir. L’année de ses 11 ans, avec ses parents Issouf et Maryama, sa jumelle Ramata et son petit frère Seydouba, il emménage dans un pavillon en province. Alors Drissa rêve sa famille en blonds de télévision : les deux voitures dans le garage, les repas du dimanche. Et surtout le chien.
Ce désir de chien devient son obsession.
Le bac, le permis à 18 ans et danser en boite, toute la banalité de la jeunesse de France s’incarne dans le corps désiré du canidé.
Sa soeur Ramata se rase le crâne pour qu’on ne parle plus de ses cheveux crépus, elle ne sait pas si elle est jolie parce que les garçons de sa classe ne la notent pas, et elle enrage de faire la vaisselle avant les devoirs, alors que ses frères et son père ne font rien dans la maison.
Autour des jumeaux, il y a les amis de presque toujours : Mandela, un enfant haïtien adopté par des enseignants divorcés et blancs, qui a grandi à Marseille, Karim un fils d’ouvriers marocains. Tout pourrait couler comme le fleuve parfois houleux des existences de minorités et finalement se tasser. Mais Drissa, têtu, veut abattre les obstacles à la banalité pour les garçons noirs. Il insiste pour adopter un chien, il insiste pour aller danser en boîte. « Donne moi une bonne raison pour que je ne puisse pas en être » est son leitmotiv.
Son chemin rencontre celui de policiers, il disparaît. En arrière plan, gronde la litanie des garçons tués sous les coups de la police de France (Une liste de victimes depuis 2005 a été établie par le collectif militant «Urgence la police assassine ». Le texte ne mentionne que les cas avérés). La famille de Drissa vit dans l’angoisse et c’est cette angoisse qui permettra au père de dire le récit de son arrivée en France. Ramata chante la dernière révolte.

Intention

Tant de choses ont été écrite, jouées, et dites sur ceux qui vivent entre deux mondes.
Est-ce que cela procure une sorte d’exil intérieur permanent ? Une non appartenance car trop d’appartenance ? Quelles possibilités cela ouvre-t-il et aussi quelles impossibilités, quelles lucidités ? L’afro-européen peut décider de ne pas savoir ni vouloir qu’il l’est. Ou au contraire aimer cette dualité. Mes personnages refusent de subir, ils veulent modifier leur société. Pouvoir choisir. Ils se confrontent à des injonctions contradictoire : ils sont fidèles au patriarcat familial (le refus du chien), les us et manières arrivées avec les parents et en même temps obéissent à une société où ils ont grandi. Drissa veut sortir de tous les clichés, il ne veut être ni délinquant noir ni une exception (le fort en foot, le chanteur de soul, le scientifique doué qui a pris l’ascenceur social). Mais ni lui ni ses amis ou sa soeur « ne sont des cellules isolées », et ils ne peuvent changer des représentations qui les dépassent. Malgré leurs efforts, ils glisseront.

Adresse

Théatre des Bains Douches
17 Rue Théodore Chennevière
76500 Elbeuf

Tél : 09 81 24 99 15

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