Autophagies

(Histoires de bananes, riz, tomates, cacahouètes, palmiers. Et puis des fruits, du sucre, du chocolat)

Textes : Armand Gauz et Eva Doumbia
Musique originale, chants et jeu : Lionel Elian
Cuisine et jeu : Alexandre Bella Ola (le Bistrot Afropéen)
Jeu et danse : Angelica-Kiyomi Tisseyre
Chorégraphie : Massidi Adiatou
Costume : Sylvain Wavrant
Création lumières : Pascale Bongiovanni
Régie Générale : Loïc Jouanjan
Collaboration artistique : Fabien Aïssa Busetta

Partenaire : Moussa l’Africain

Performance cuisinée conçue par Eva Doumbia

Un projet de La Part du Pauvre/Nana Triban, avec Les Grandes Tables (Friche la Belle de Mai – Marseille), Théâtre 14 (Paris) Consulat de France à la Nouvelle Orléans, LSU (département Francophonie à Bâton Rouge), Ambassade de France aux Etats Unis.

Que prenait-on au petit déjeuner en France en 1777 ? Depuis quand cuisinons nous des tomates ? D’où viennent les bananes, le riz, le cacao,
les pommes de terre ? Tous ces aliments qui constituent notre quotidien sont les fruits d’un long voyage qui commence avec Christophe Colomb et continue aujourd’hui jusqu’en Chine dans les champs de tomates appartenant à la China National Cereals, Oils and Foodstuff Corporation.
Avec cette performance, prévue pour être présentée dans tous types d’espaces pourvu qu’on puisse y cuisiner, Eva Doumbia et une équipe pluridisciplinaire invitent le public pour une eucharistie documentaire. Tandis que sont cuisinés arachides, huiles, banane, chocolat, tomates et autres légumes, les interprètes, artistes et chercheurs racontent des anecdotes intimes et banales, le tout en musique, poésie, danse et
vidéo.

« Une couronne de plumes jaunes sur la tête qui n’est pas sans rappeler la ceinture de bananes de Joséphine Baker, Eva Doumbia s’affaire derrière les fourneaux. Casseroles, autocuiseur pour riz, boîtes d’épices… et, étalés sur un pagne sur le devant du plateau, des tomates et des bananes…
A partir de son histoire familiale et de sa position de femme perçue avant tout comme noire dans la société française, Eva Doumbia interroge avec intelligence et perspicacité les rapports raciaux nés de l’histoire française esclavagiste et coloniale, en utilisant un médium original : les
aliments…
A la fin de sa performance, encore en chantier mais très prometteuse, elle invite les spectateurs à partager le repas qu’elle a préparé sur scène pour honorer les victimes de ce passé toujours bien présent. »

Séverine Kodjo-Grandvaux – LE MONDE le 30 juillet 2017

On ne peut pas dire non ni crier. Non. On ne peut pas crier.
On ne peut pas non plus vivre dans sa tête quand on a compris ce que l’on sait, ce
que tout le monde sait.
Car la cervelle sait. Sans le vouloir, ma cervelle a mangé
l’exacte vérité. Ainsi, depuis toujours mon corps savait ce
qu’aujourd’hui j’ai compris que je savais. L’âme qu’on
étouffe souffre de savoir ce qui tue l’âme. Elle, violente, se
jette en éclats sanglants contre les parois de son crâne.
Emprisonnée se blesse à se jeter pour s’échapper.
L’hommanimal dit : je suis autophage et j’ai vu la vérité.
Je, nous, sommes l’hommanimal.
Ici où je ne suis pas née la terre écorchée suinte ses purulences de vérité. Morts
dégueulés par paquets.
Là-bas hier, sur la terre cimentée, moi, l’homme cannibale, j’ai croqué des petits doigts
bruns de Nestlé. Et gicle par ma bouche la faim de mon cousin d’Odienné.
Ahmidou vit à Odienné.
Enfant du frère même père même mère de mon père.
Enfant de mon père.
Mon petit frère d’Odienné.
En respirant ici, je tue là-bas ma famille d’Odienné.
Je mange mes morts pendant qu’ils sont vivants.
Je suis autophage quand je bois du Nescafé.
Autophage, quand je fume le tabac que mon cousin
Ahmidou cultive pour Marlboro, pour dix franc par jours seulement.
Autophage.
Je mange les noirs de là-bas où je ne vis pas.
Les noirs ici mangent les noirs de là-bas. Les
humanistes ici mangent les hommes de là-bas. Les
épaules et pieds d’incivils enfants, aux peaux noires,
bronzées ou blanches portent avec fierté les sigles des
industries vampires de leurs parents. Partout. Sur les cinq continents.
Il n’y a pas de haine vide et les anges n’existent pas.
L’enfant qu’on a battu, et qui ne sait pas pourquoi à éventré la peau de son coussin.
La haine vide n’existe pas. Seule la colère d’un savoir étouffé parle en
moi. En moi la colère parle. Avec elle, on ne sait jamais
où tout va

Eva Doumbia

Adresse

Théatre des Bains Douches
17 Rue Théodore Chennevière
76500 Elbeuf

Tél : 09 81 24 99 15

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